CARGESE


Tandis que sur ce globe au galop nous allons,
Sans doute est-il des lieux, des golfes, des vallons
Où sitôt arrivés, sitôt franchie l'enceinte,
Nous voilà tout saisis d'une joie presque sainte.
Et de nous dire alors, l'air ravi, confondu :
"Oui, c'est bien dans ce port que j'étais attendu".
Passant parfois confus, égaré, mal à l'aise,
Si jamais le hasard te pousse vers Cargèse,
Dans la douce clarté de ses nombreux appas
Surtout ouvre les yeux et marque donc le pas.
Car ici rien n'est vain, négligé, ordinaire ;
Songe qu'à la faveur d'un autre millénaire
La Méditerranée de l'olivier, du thym,
Y a mêlé jadis son sang grec et latin.
C'était au lendemain d'une guerre ottomane
Que la mémoire encore désapprouve et condamne
Et qui bientôt poussa, jetés de tour en tour,
Quelques hommes du Magne à s'enfuir sans retour.
Mais Cargèse déjà, à l'ouest de la Corse,
Cheminait avec ceux qui refusaient la force.
Rappelons-nous d'ailleurs ses fils liés, amis,
Et qui avec le temps s'étant tous endormis
Au bord d'un flot paisible où la lumière danse,
Ont peu à peu roulé dans le même silence.
Et c'est pourquoi depuis, Cargèse, à mots voilés,
Emeut souvent les cœurs sous ses ciels étoilés.

Aristide  NERRIERE